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les 6 étapes du paléolithique |
le tableau général |
La grotte Chauvet :
le panneau des chevaux
note concernant les liens : la numérotation de chaque
expression contient un lien, tel que " s1
",
qui permet d'accéder à une explication générale
de cet effet, ainsi qu'à d'autres exemples de son emploi.
Ces exemples contiennent à leur tour un lien qui permet d'accéder
directement aux analyses dont ils sont tirés. Ce lien permet
notamment de revenir au présent texte à l'endroit précis
où vous l'avez quitté, mais vous pouvez aussi utiliser pour
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Repères chronologiques :
Environ - 29 000 avant J.C. selon datation "brute". La calibration
par la technique U-Th (Uranium-Thorium) donne pour cette période une date de l'ordre de - 36 000.
L'image de référence : le
panneau des chevaux [s'ouvre dans une fenêtre réservée aux images]
Source de l'image : La Grotte CHAUVET - éditions du Seuil (collection "Arts Rupestres") - 1995 - figures 45 à 51
Remarques générales :
Dans l'ouvrage (voir ci-dessus "source de l'image) des découvreurs
du site, ce panneau est décrit comme représentant "quatre chevaux en perspective".
Pour ma part, j'en vois certainement un cinquième, esquissé
entre les deux têtes du haut, et je crois qu'il faut aussi considérer
que la crinière et l'encolure noires du premier plan sont trop mal
orientées pour appartenir à la tête du bas, et qu'elles
sont l'amorce d'une sixième tête.
Le peintre (ou "la" peintre ? qui sait ?) s'est certainement laissé
aller partiellement à l'improvisation, reprenant en partie des tracés
antérieurs destinés à un autre dessin, utilisant le
flou imprécis, et laissant volontairement des traits mal venus au
lieu de les effacer afin de les faire participer aux ambiguïtés
des effets qu'il cherchait.
Qu'est-ce, par exemple, que ces deux grands traits qui vont de la première
tête au cou de la quatrième (selon le décompte des
six têtes que j'ai fait ci-dessus) en passant sur les oreilles de
la troisième ? Celui de droite semble assez clairement être
le poitrail du quatrième cheval, et celui de gauche est peut-être
le poitrail du cinquième, sinon du sixième. Ces traits se
superposent à la troisième tête comme si elle était
transparente, et tantôt il faut les ignorer car la troisième
tête est parfaitement dessinée entière, mais tantôt
il faut les considérer, car l'ambigu et l'incertain font partie
du style propre à ce panneau.
De tels effets de transparence on en trouve ailleurs dans la grotte,
par exemple dans l'ensemble de chevaux situés à droite de
celui analysé ici (le cerne dessinant un grand félin passe
en transparence devant l'encolure d'un cheval, mais la tête du même
cheval n'est pas transparente au reste du cerne - figures 54 à 57
de l'ouvrage cité), et aussi dans la superposition de deux rennes
mutuellement transparents (figure 45 de l'ouvrage cité).
1er
paradoxe de transformation : entraîné / retenu
1 - Expression synthétique
de type s1
:

Nous avons affaire à une scène très dynamique,
où le mouvement des chevaux du premier plan semble les amener à
se cogner contre leur voisin, emportés par leur élan. Cela
vaut en particulier pour le cheval du bas qui semble en pleine course,
un peu effaré, son encolure se précipitant vers la tête
suivante. Cette tête suivante est à son tour poussée
par ce mouvement et vient se bloquer contre celle du dessus.
Les têtes du bas sont entraînées vers le haut par
leur mouvement et elles se bloquent contre la suivante : l'élan
qui entraîne chacune est donc retenu par la suivante.
2 - Expression analytique
de type a5
:

Les cinq têtes se lisent selon un alignement immédiatement
perceptible, mais cet alignement est sans rapport avec les mouvements que font les
chevaux qui y participent. Les trois chevaux du haut vont en effet dans
un sens complètement croisé avec cet alignement, qu'ils
ne "suivent donc pas", et le cheval du bas a un élan franchement
oblique par rapport à lui, de telle sorte qu'il ne suit pas les
autres chevaux puisqu'il ne va pas dans le même sens. Seul le
second cheval à partir du bas semble suivre approximativement la
direction de la file commune, parce qu'il semble bousculé dans
cette direction par le cheval du dessous.
En résumé, nous sommes entraînés à
lire que les têtes sont alignées et se suivent donc les
unes derrière les autres, mais nous en sommes retenus lorsque
nous considérerons que les chevaux vont dans des sens
variés et qu'ils ne suivent donc pas. Si l'on se place non plus du côté du spectateur que nous sommes,
mais du point de vue des chevaux, on peut aussi dire que les têtes du haut sont à la fois entraînées
par leur élan, et retenues dans un surprenant alignement avec les têtes du bas.
3 - Expression synthétique
de type s5
:

Le dessin d'un dos, d'une crinière et d'un front avec ses oreilles,
nous entraîne à considérer qu'il est représenté
un cheval supplémentaire en second rang à partir du haut.
Mais il manque l'essentiel du museau à ce cheval, ce qui nous
retient de voir là un cheval.
Mais pourtant ce dos et cette crinière ne peuvent appartenir
ni au cheval du dessus, ni à celui du dessous, ce qui nous entraîne
à nouveau à considérer qu'il est représenté
un cheval supplémentaire, mais il manque l'essentiel du museau à
ce cheval, etc, etc.

D'emblée nous attribuons la dense crinière noire du premier
plan à la tête du cheval dont on voit le cou tout en bas.
Mais à la lecture plus attentive, nous devons convenir que cela
n'est pas certain : la couleur très noire de l'encolure ne correspond
pas au gris moyen du cou, le plan du cou gris et de sa tête grise
semblent faire un angle dans l'espace avec l'encolure noire, et le mouvement
des traits noirs (en éventail dirigés vers le haut) ne s'accorde
pas avec le mouvement tournant qui dessine le cou et la tête grise.
Dans le cas de la tête située presque en haut (cas précédent),
nous étions entraînés à voir un cheval supplémentaire,
puis retenu de le faire à cause de son incomplétude. Ici
c'est l'inverse : nous sommes d'abord entraînés à ne
voir qu'une seule tête, puis nous devons retenir cette perception,
pour considérer qu'il y a un morceau de tête qui ne lui appartient
pas et qui ne peut appartenir qu'à un cheval supplémentaire
seulement esquissé.
4 - Expression synthétique
de type s11
:

En excluant les deux têtes qui sont seulement esquissées
(voir en -3- ci-dessus), il en reste quatre côte à côte,
et qui sont d'importance équivalente. Vers laquelle diriger notre
regard ? Sur laquelle nous fixer ? Impossible de décider, car toutes
se valent en importance, et toutes se distinguent pour attirer notre attention.
Notre regard va donc en saccade de l'une à l'autre, entraîné
vers chacune, mais retenu par les autres de nous y laisser entraîner
car elles aussi nous entraînent avec une même intensité.
2ème
paradoxe de transformation : ça se suit / sans se suivre
[l'interférence entre les deux paradoxes de transformation
fonctionnant à la façon "centre / à la périphérie",
on bascule d'un effet à l'autre en restant sur les mêmes formes]
5 - Expression analytique
de type a10 - a
:

On peut lire quatre têtes en parfait et sage alignement. Dans
ce mode de lecture elles sont bien ordonnées et se suivent simplement
l'une derrière l'autre.
Mais si on ne lit plus la figure dans le sens de l'empilement des têtes
mais dans le sens dynamique du mouvement des chevaux, on considère alors :
- que les deux têtes
du haut suivent des trajets parallèles. Elles sont cette fois côte
à côte et non plus l'une derrière l'autre, donc elles ne se suivent plus ;
- que les deux têtes
du bas suivent des trajets biais qui croisent selon un angle différent
le trajet des têtes du haut. Or, des formes qui vont à la
rencontre l'une de l'autre ne peuvent être l'une derrière
l'autre et ne se suivent donc pas.
6 - Expression analytique
de type a4 - 2
:

Les cinq têtes se lisent selon un alignement immédiatement
perceptible, mais cet alignement est sans rapport avec les mouvements que font les
chevaux qui y participent. Les trois chevaux du haut vont en effet dans
un sens complètement croisé avec cet alignement, tandis
que le cheval du bas a un élan franchement oblique par rapport à lui. Quant au
second cheval à partir du bas, il semble bousculé par le
cheval du dessous, et remonter ainsi dans une direction
également croisée avec celle des chevaux du dessus.
En résumé, les têtes des chevaux se suivent dans un
alignement continu clairement affirmé, mais les chevaux ne se
suivent pas et vont chacun dans une direction autonome
7 - Expression analytique
de type a12
:

Si l'on omet les deux têtes "fantôme", les quatre têtes
complètes se suivent dans un ordre qui va de un à quatre.
Mais si l'on tient compte de la tête supplémentaire du
premier plan, et surtout si l'on rajoute la tête esquissée
en avant dernière position au fond, les têtes ne se suivent
plus de la même façon : la première devient la deuxième,
et elle suit alors une autre tête que dans la première lecture
elle ne suivait pas, et la quatrième qui suivait la troisième
maintenant ne la suit plus, puisqu'une autre tête s'est intercalée
entre elles.
8 - Expression synthétique
de type s15
:

Le corps des chevaux ne suit pas leur tête, puisqu'il n'y a pas
de corps de dessiné. Mais par l'imagination nous reconstruisons
instinctivement leur corps, sans même nous en rendre compte, car
autrement nous verrions une représentation de têtes coupées,
alors que nous voyons bien qu'il s'agit d'une représentation de
chevaux entiers.
1er
paradoxe d'état : entraîné / retenu
[niveau ponctuel : effet réciproque à distance des
différentes parties de la forme, ou effet d'apparence globale de la forme]
Déjà envisagé au titre du premier paradoxe de transformation.
2ème
paradoxe d'état : effet d'ensemble / autonomie
[niveau de classement : met en valeur les effets de type ponctuel du 1er paradoxe]
9 - Expression analytique de
type a2
(branchée sur les effets -1-, -2- et -4-) :

Les têtes font ensemble une file de têtes bien alignées.
Mais dans cette file elles restent nettement séparées
les unes des autres, et surtout leur alignement est précaire car
elles suivent des chemins autonomes : celles du haut suivent des chemins
parallèles, mais celles du bas se dirigent de biais par rapport
à celles du haut, et elles ne partagent donc même pas la même trajectoire.
Ensemble les têtes font donc un effet d'alignement, mais leurs
chemins restent bien autonomes : soit parce qu'ils sont parallèles
côte à côte, soit parce qu'ils ont des directions tout
à fait différentes l'une de l'autre.
10 - Expression synthétique
de type s10
(branchée sur l'effet -3- et sur l'effet -4-) :

Les chevaux font tous ensemble la même chose : ils montrent leur
tête de profil.
Mais ils le font de façons très autonomes les unes des autres :
- certains montrent
une tête bien dessinée et bien cernée, alors que deux
chevaux ne montrent que la crinière et le front, laissant le reste
de leur tête dans le flou incertain et nous chargeant de la compléter par imagination,
- leur couleur est
différente, les têtes "floues" étant noires tandis que les autres sont grises,
- les crinières
sont diversement touffues, la tête centrale n'en n'ayant même presque pas,
- leurs inclinaisons
sont différentes : les museaux sont plus ou moins penchés,
et ils ne sont jamais parallèles,
- l'angle entre la
tête et le cou est chaque fois différent, ceci résultant
du fait que les chevaux vont dans des sens très différents,
ceux du bas croisant presque la direction de ceux du haut.
3ème paradoxe d'état : ouvert / fermé
[niveau d'organisation : comment la forme se répand]
11 - Expression analytique de
type a1 - a
:

croquis de gauche :
Du côté gauche du dessin, les museaux des chevaux forment
tous des figures fermées : la forme part de la crinière,
se termine sur le naseau et la bouche, puis se referme en revenant vers le cou.
Vers la droite au contraire, le dos ou le poitrail de la plupart des
chevaux se dissolvent sans que la forme soit terminée : elle reste
ouverte, se prolongeant imaginairement, sans être bloquée
par un trait ou refermée par un retour sur elle-même.
croquis de droite :
Certaines têtes ont leur contour cerné, refermé
par la présence d'une tête voisine : c'est le cas de la tête
du haut, et c'est le cas de la 3ème en partant du bas (la deuxième
si on ne compte pas les têtes "floues").
Les autres têtes ont, au contraire, leur surface qui se continue
librement vers le poitrail ou vers le dos.
Dans un cas donc on a affaire à des surfaces fermées,
dans l'autre à des surfaces qui restent ouvertes.
12 - Expression synthétique
de type s11
:

Les têtes alignées se buttent les unes contre les autres,
d'autant plus d'ailleurs que les chevaux du bas semblent en plein élan,
se cognant littéralement contre ceux du haut.
Dans ce sens là donc, les têtes se font mutuellement obstacle,
se ferment mutuellement le chemin. Mais dans l'autre sens, celui qui ne
va pas d'une tête à l'autre mais de chaque tête au cou
et au dos qui la prolonge, le parcours reste bien ouvert : l'oeil est dirigé
vers le lointain sans rencontrer aucun obstacle. Cela vaut dans le cas
de toutes les têtes sauf une qui, à la différence des
autres, n'est pas fermée / ouverte, mais fermée / fermée
(la deuxième en partant du bas si on ne compte pas les têtes
"floues").
4ème paradoxe d'état : ça se suit / sans se suivre
[niveau du noeud qui résume les trois effets précédents et les bloque ensemble]
Déjà envisagé au titre du 2ème paradoxe de transformation.
dernière mise à jour de cette page : 4 novembre 2006
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