Christian RICORDEAU

 

10e période de l'histoire de l'art

- artistes né(e)s entre 1955 et 1987 -

 

 

 

retour à la 9e période ou retour à la liste des périodes

 

La dernière période du cycle matière/esprit a vu le mélange des notions de matière et d'esprit produire une nouvelle notion embryonnaire, celle de « produit matériel fabriqué grâce à l'intervention de l'esprit », une notion que l'on a résumée sous le nom de « produit-fabriqué ». Simultanément, la notion « d'intention » qui était auparavant implicitement contenue dans celle d'esprit s'est finalement révélée autonome, spécifique, voire étrangère à celle d'esprit.

Puisque maintenant nous en avons définitivement terminé avec les notions de matière et d'esprit, celles de produit-fabriqué et d'intention vont désormais s'affronter directement, mais pour le moment il faut avoir en tête est qu'elles n'ont encore aucun caractère global et qu'elles ne pourront donc s'affronter qu'au cas par cas, c'est-à-dire sans que l'on puisse réaliser intellectuellement qu'il y a quelque chose de commun entre ces diverses situations, quelque chose que l'on pourrait précisément désigner comme « la » notion générale de produit-fabriqué ou « la » notion générale d'intention. Non seulement les deux notions ne disposent pas encore d'un caractère global, mais en outre elles ne se sont encore jamais affrontées, ce qui implique qu'elles n'ont encore jamais eu l'occasion de s'agencer l'une par rapport à l'autre, de se mettre un minimum en relation l'une avec l'autre. Ce sera précisément la fonction de la 10e période, c'est-à-dire la 1re du nouveau cycle, que d'obtenir cette mise en relation, toujours au cas par cas, de la notion de produit-fabriqué et de la notion d'intention.

Puisque aucune mise en relation antérieure n'a eu lieu permettant de favoriser certains cas de figure ou d'emblée d'en éliminer d'autres, nécessairement tous les cas de figure vont d'abord se présenter. Et ce qui différencie un cas de figure d'un autre dans la 1re période d'un cycle est seulement que l'on a affaire, soit à une notion au cas par cas du type 1+1, soit à une notion au cas par cas du type 1/x. On a présenté la différence entre ces deux types dans l'introduction de la 5e période à laquelle on peut se reporter, et autant prévenir que pendant les premières périodes du nouveau cycle cette question du type 1+1 ou 1/x sera essentielle alors qu'on avait pu les oublier dans les dernières périodes du cycle précédent.

Au tout début du nouveau cycle, la totalité des cas de figure pouvant se présenter peut se résumer à quatre situations distinctes : soit les notions de produit-fabriqué et d'intention sont toutes les deux du type 1+1, soit elles sont toutes les deux du type 1/x, soit la notion de produit-fabriqué est du type 1/x quand celle d'intention est du type 1+1, soit à l'inverse c'est la notion d'intention qui est du type 1/x et celle de produit-fabriqué du type 1+1. Dès lors que ces quatre cas peuvent se rencontrer, inévitablement ils se rencontreront, et la différence entre ces différents cas de figure est telle que ce qui va se produire dans chacun tout au long de la 10e période n'aura rien à voir avec ce qui se produira dans les autres, raison pour laquelle il nous faut modifier la présentation de leur évolution au fil des étapes : dans les périodes précédentes on avait traité chaque étape l'une après l'autre pour saisir l'évolution qui se produisait de l'une à l'autre, mais pour cette période-ci et pour la suivante nous allons devoir renoncer à ce mode de présentation pour étudier séparément ce qui se passe pendant les cinq étapes de chaque période pour chacun des quatre cas de figure. Plutôt que parler de cas de figure, nous parlerons d'ailleurs de filières, et pour chaque filière nous aurons aussi à distinguer ses expressions analytiques et ses expressions synthétiques puisqu'elles donnent lieu à des œuvres d'aspects très différents. Une expression est analytique si l'on peut considérer séparément chacun de ses aspects contradictoires, et elle est synthétique si les deux aspects doivent être ressentis simultanément, mais on n'insistera pas sur les raisons de leur différence, se contentant, et cela de façon systématique, de présenter d'abord un exemple analytique, puis un exemple synthétique. Dans les titres définissant ces filières, « PF » sera pour produit-fabriqué, et « i » pour intention.

Par souci de brièveté, et pour compenser la complexité de ce qui se produit dans cette période, on ne présentera pas en détail toutes ses étapes, mais seulement ce qui arrive à chacune des quatre filières en présentant un exemple analytique et un exemple synthétique de sa première étape et de sa dernière étape. Et pour mieux se concentrer sur leur évolution on négligera aussi les effets plastiques concernés.

Évidemment, renoncer à 3 étapes sur 5 implique de renoncer à 3 artistes sur 5 correspondant à cette période, mais pour prendre connaissance plus complètement de toutes les étapes de filières et des effets plastiques qui y sont concernés, on pourra consulter la présentation détaillée de l'évolution de cette 10e période dans le chapitre 12 du tome 3 de l'Essai sur l'art.

Il doit être entendu que les fourchettes mentionnées pour les dates de naissance des artistes ne sont pas à prendre comme des limites strictes, mais seulement comme des approximations, d'autant que le chevauchement de ces fourchettes devient de plus en plus important au fil des étapes.

 

Justification de l'absence d'images : certaines images sont remplacées par un lien permettant d'y accéder à l'extérieur du site, cela afin de ne pas avoir à régler de droits d'auteur qui me seraient réclamés par l'adagp malgré le caractère non commercial de ce site et le fait que ces images correspondent, à mon avis, au caractère de courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique et scientifique du texte auquel elles sont ici incorporées, tel que prévu par l'article 41 de la loi du 11 mars 1957 sur le droit d'auteurs.

Si un auteur non représenté par l'adgp ou l'un de ses descendants estime que la représentation que je fais de son œuvre mérite une rétribution, il suffira de me l'indiquer afin que je procède de la même façon en remplaçant sa reproduction par un lien.

 

 

 

1- L’émergence du nouveau cycle dans les arts plastiques

 

(la première et la dernière étape dans chacune des 4 filières)

 

 

L'évolution dans la 1re filière, dans laquelle PF et i sont tous les deux du type 1+1 :

 

Dans le cas de cette filière, un produit fabriqué est d'emblée en relation avec une intention bien précise. Par exemple, on peut penser à une voiture qui est d'emblée fabriquée avec l'intention de se déplacer ou à un grille-pain qui est d'emblée fabriqué avec l'intention de griller des toasts. Ce qui pose problème dans cette filière est qu'un produit ainsi fabriqué avec une intention bien précise n'a d'emblée aucun rapport avec d'autres produits fabriqués qui l'ont été sur la base de tout autres intentions. Par exemple, il n'y aura aucune relation allant de soi entre une voiture et un grille-pain puisque chacun de ces produit est fabriqué avec une intention qui lui est propre.

Étant rappelé que le but de cette filière est de mettre en relation des notions qui sont au départ totalement étrangères, éventuellement même, contradictoires entre elles, on se demande comment des produits fabriqués avec des intentions différentes, s'accumulant donc seulement en 1+1 produits fabriqués indépendants, peuvent malgré tout être mis en relation. Si l'on tient compte du fait que, même à l'issue des cinq étapes que va prendre leur mise en relation, ils devront toujours s'ajouter en 1+1, c'est-à-dire sans faire ensemble une unité plus grande les rassemblant visiblement de façon cohérente, cette mise en relation aura un caractère qui peut paraître surprenant : il faudra parvenir à ce que l'impossible soit crédible, c'est-à-dire que l'on puisse croire que l'impossible mise en relation de produits complètement indifférents les uns pour les autres, voire contradictoires, est pourtant parfaitement réussie. Les exemples que l'on va donner expliciteront cette gageure.

 

 

 


Vincent Kohler :  Unplugged à Lausanne, Suisse (2017 – détail)

 

Source de l'image : https://www.vincentkohler.ch/unplugged/

 

 

Comme exemple de la première étape de la 1re filière, voici l'œuvre de 2017 de l'artiste suisse Vincent Kohler (né en 1977) qu'il a intitulée « Unplugged » (Acoustique). Il s'agit d'une sculpture en bronze à l'usage de fontaine dans un bassin, réalisée dans le quartier du Flon à Lausanne, en Suisse. Cette sculpture a la forme d'instruments de musique contemporains : guitares électriques, batterie, amplis, mélangeur, micro.

Le divorce entre les intentions et entre les produits fabriqués qui leur sont associés est ici très clair : le dispositif en forme d'instruments de musique correspond à l'intention de jouer de la musique, le dispositif de fontaine installé à l'intérieur de ces instruments correspond à l'intention de produire des jets d'eau dans le bassin, et ces deux intentions n'ont rien en commun, d'autant que des instruments de musique ne sont aucunement faits pour résister à leur présence dans un bassin et pour laisser circuler de l'eau à travers eux. Puisque ces deux intentions ne font rien ensemble, elles s'ajoutent en 1+1, tout comme les produits fabriqués pour jouer de la musique n'ont rien à faire avec les dispositifs de jets d'eau qui s'ajoutent aussi à eux en 1+1. Produits fabriqués du type 1+1 et intentions du type 1+1, nous sommes bien dans la 1re filière.

L'impossible mise en relation fonctionnelle d'instruments de musique et de jets d'eau est donc faite, toutefois, à cette première étape, rien n'est encore fait pour donner l'impression que les deux intentions cohabitent réellement dans un même produit fabriqué. Puisqu'ils sont visiblement en bronze, c'est de façon délibérée que les instruments de musique ont renoncé à être ou à apparaître comme étant de véritables instruments qui ne supporteraient pas de tenir longtemps ainsi immergés dans l'eau. C'est cela qui sera modifié lorsqu'on sera arrivé à la cinquième et dernière étape et que le miracle d'une impossible mise ensemble semblera réellement réussi.

 

 

IMAGE ÉVOQUÉE : Kader Attia, Flying rats à la 8e biennale d'art contemporain de Lyon (2005)

Elle est en principe accessible à l'adresse http://dndf.over-blog.com/article-1301045.html (dernier lien en centre de page)

Sinon, faites une recherche sur un moteur de recherche de votre choix avec la requête : Kader Attia Flying rats 8e biennale d'art contemporain de Lyon 2005

 

Autre exemple de la première étape de la 1re filière, l'installation des « Flying rats » de l'artiste français Kader Attia (né en 1970), à la 8e biennale d'art contemporain de Lyon qui s'est tenue en 2005. Aux USA, flying rats (rats volants) est le nom donné aux pigeons. Des pigeons y ont été enfermés dans une grande cage, sans nourriture, hormis les graines qui ont servi à confectionner des mannequins en forme d'enfants disposés comme s'ils étaient dans un jardin d'enfants. Bien entendu, les pigeons ont progressivement mangé les graines et les petits personnages se sont disloqués. Vers l'arrière-plan de l'image évoquée, on voit qu'il ne reste plus que la robe rose d'un enfant qui a été presque complètement « mangé » par les pigeons.

Ici encore, deux intentions qui n'ont rien à voir l'une avec l'autre, qui ne font rien ensemble et qui s'ajoutent donc en 1+1, chacune des deux étant liée à une fabrication qui lui est propre et qui n'a donc rien à voir non plus avec la seconde : d'une part l'intention de fabriquer des mannequins en forme d'enfants, d'autre part l'intention d'installer une grande volière remplie de pigeons nourris à l'aide de graines de céréale.

Ce qui révèle bien ici que l'on est à la première étape est que les deux intentions ne parviennent pas à se maintenir durablement dans le même « produit fabriqué » dès lors que l'apparence des enfants disparaît à mesure de leur grignotage par les pigeons. Il s'agit d'ailleurs du propos de l'artiste que de réaliser une installation qui se désagrège progressivement, soulignant ainsi que les deux intentions qui s'y manifestent sont contradictoires et ne peuvent cohabiter, ce que nous traduisons ici en disant qu'elles s'ajoutent en 1+1.

 

 

 


Leandro Erlich : Pulled by the Roots, place du marché à Karlsruhe, Allemagne (2015)

 

Source de l'image : https://www.urdesignmag.com/art/2015/07/02/pulled-by-the-roots-installation-by-leandro-erlich/

 

 

Comme on l'a annoncé on saute les deuxième, troisième et quatrième étapes, et on passe directement à la cinquième et dernière étape de la même 1re filière, avec une maison dotée de racines portée par une grue au-dessus de la place du marché de Karlsruhe, en Allemagne. Il s'agit d'une installation que l'on doit à l'artiste argentin Leandro Erlich (né en 1973), qui l'a réalisée en 2015 et qu'il a dénommée « Pulled by the Roots », ce que l'on peut traduire par « Tiré par les Racines », probablement par analogie avec l'expression « tiré par les cheveux ».

Comme une maison n'a jamais de racines, les deux intentions que l'on peut déceler dans cette installation n'ont aucun rapport et s'ajoutent en 1+1 : d'une part, l'intention de montrer une véritable maison, d'autre part l'intention de la doter de racines, et chacune de ces deux intentions prend corps au moyen de dispositifs qui lui sont propres et qui sont bien distinguables.

Par rapport à ce que l'on a observé à la première étape, bien que toujours incompatibles l'une avec l'autre, les deux intentions semblent désormais capables de se supporter dans un même produit fabriqué : une « véritable maison véritablement dotée de racines ». Même s'il ne s'agit pas d'une maison « véritable », c'est-à-dire réalisée en maçonnerie lourde, mais très probablement d'une fausse maison à base de panneaux de bois, tout a été fait dans le moindre détail de son apparence pour que l'on s'y méprenne, ce qui n'était pas le cas avec les instruments de musique très anormalement monocolores et très visiblement réalisés en bronze de la fontaine de Vincent Kohler. C'est là le résultat de l'évolution de la première filière pendant ses cinq étapes : des fabrications qui correspondent à des intentions contradictoires et qui n'ont rien à faire ensemble, s'ajoutant donc l'une à l'autre en 1+1, finissent par trouver le moyen de se regrouper dans une même fabrication qui donne l'illusion que ces intentions peuvent tenir ensemble, et apparaissent ainsi comme deux aspects d'une même réalité pouvant être lues aussi bien en 1/x qu'en 1+1.

 

 

IMAGE ÉVOQUÉE : Nicole Tran Ba Vang, On ne se brode pas tous les jours les jambes (2003)

Elle est en principe accessible à l'adresse https://www.tranbavang.com/portfolio/projects/collection-automne-hiver-2003-04-2003/  (1re vignette à agrandir)

Sinon, faites une recherche sur un moteur de recherche de votre choix avec la requête : Nicole Tran Ba Vang On ne se brode pas tous les jours les jambes collection automne/hiver 2003/04 2003

 

Comme autre exemple de la cinquième et dernière étape de la 1re filière, un montage photographique qui montre une femme en train de se broder les jambes. On le doit à l'artiste française Nicole Tran Ba Vang (née en 1963).

Il semble évident que l'intention de réaliser une broderie et celle de coudre à même la chair d'une femme sont deux intentions normalement inconciliables. Par différence avec les enfants fabriqués en graines de Kader Attia qui ne tenaient pas longtemps en présence de pigeons, le montage photographique de Nicole Tran Ba Vang donne l'impression que la femme supporte parfaitement la broderie à même sa chair, et que les deux intentions inconciliables ont donc réussi à se concilier dans cette représentation d'une femme en train de coudre tranquillement sa propre chair. L'évolution entre une cohabitation visiblement très précaire des deux intentions à la 1re étape et une cohabitation qui semble pérenne à la dernière rend compte de la maturation qui s'est produite pendant la durée de cette période.

 

 

L'évolution dans la 2e filière, dans laquelle PF et i sont tous les deux du type 1/x :

 

Dans la 2e filière les produits fabriqués sont d'emblée en relation avec des intentions, mais seulement de façon collective. Pour illustrer ce principe, on peut considérer que les produits fabriqués sont des maillots de football numérotés de façon aléatoire, c'est-à-dire sans lien avec un rôle précis du joueur dans son équipe, tel que serait par exemple le « 1 » pour le gardien de but et le « 9 » pour l'avant-centre, et l'intention consistera à d'attribuer indifféremment chacun de ces 1/x maillots à chacun des 1/x joueurs de l'équipe. La relation entre produit fabriqué et intention est ici collective, car c'est l'ensemble des maillots que l'on a l'intention d'attribuer à l'ensemble des joueurs, du moins à la première étape. L'évolution pendant la phase consistera à mettre progressivement en relation chaque maillot et son numéro précis avec chaque joueur précisément déterminé par un rôle spécifique sur le terrain. Au terme de cette évolution la relation entre produit fabriqué et intention ne sera donc plus seulement globale, collective, mais individuelle, chaque intention étant désormais spécifiquement en relation avec une seule fabrication.

 

 

 


Willie Cole : The Sole Sitter (2013 – bronze)

 

Source de l'image : https://newarkmuseum.wordpress.com/2013/11/20/willie-coles-soul-sitter-arrives-at-the-newark-museum/

 

 

Premier exemple de la première étape de cette 2e filière, un assemblage de chaussures réalisé par l'artiste américain Willie Cole (né en 1955). Cette œuvre date de 2013 et elle est dénommée « The Sole Sitter ».

Si l'on raisonne en terme de produit fabriqué, on peut dire que cette statue est une combinaison de multiples chaussures noires, donc de multiples fabrications du même type, et si l'on raisonne en terme d'intention, on peut dire que cette statue résulte de l'intention de faire un unique personnage qui soit visuellement décomposable en multiples morceaux, chacun étant précisément positionné et orienté selon une intention spécifique afin que leur assemblage produise la figure globale souhaitée. Aussi bien en tant que produit fabriqué qu'en tant qu'intention, cette œuvre relève donc du type 1/x, mais comme on est à la première étape, la relation entre les deux notions est seulement globale. Les chaussures sont en effet relativement interchangeables puisqu'il n'y a pas, par exemple, de différence essentielle entre la chaussure qui figure la joue droite puis l'arrière de la tête et celle qui figure du même côté le haut de la tête, celle du haut ayant seulement le bout plié, ces deux chaussures étant par ailleurs exactement équivalentes à celles du côté gauche. Ce qui manque ici, c'est une relation exclusive et précise entre chacune des multiples intentions de disposition et chacun des produits fabriqués, et c'est une telle relation qu'il faudra conquérir au cours de la période.

 

 

 


Willie Cole : With a Heart of Gold (2005)

 

Source de l'image : http://www.virtualshoemuseum.com/willie-cole/with-a-heart-of-gold

 

 

Second exemple de la première étape de la 2e filière, une autre œuvre de Willie Cole utilisant des chaussures, cette fois blanches pour la plupart, jaunes toutefois pour celles du centre. Elle est de 2005 et elle est intitulée « With a Heart of Gold » (Avec un Cœur d'Or).

Si l'on veut, on peut y voir une fleur composée de multiples pétales, mais il s'agit fondamentalement d'une « explosion » centrée et simultanée d'une multitude de chaussures, de telle sorte que l'on ne peut pas saisir cet effet global d'explosion sans simultanément repérer que chaque chaussure y participe. Puisque la forme est obtenue par la mise en œuvre de multiples chaussures du même type, l'objet fabriqué « chaussure » est du type 1/x, et puisque chacune des chaussures est intentionnellement placée dans l'une des multiples positions et directions de l'espace satisfaisant à l'intention globale de donner une impression de rayonnement ou d'explosion à partir d'un centre, cette intention relève elle aussi du type 1/x.

Comme pour l'exemple précédent, cette intention une et multiple est en relation avec l'utilisation de chaussures à la fois unes et multiples, et il n'existe aucune relation individuelle décelable entre l'intention de placer une chaussure à tel ou tel endroit et le choix précis de telle ou telle chaussure pour cet emplacement. Notamment, il n'y a aucune régularité dans la couleur de leurs semelles intérieures, parfois noires, parfois beige clair, parfois rougeâtres, parfois gris bleuté, ce qui fait que l'on a l'impression que les chaussures ont été placées au hasard, sans lien avec une intention précise de les mettre à un emplacement précis. Seules les chaussures du centre, toutes de couleur jaune et placées à l'envers, ont été choisies pour correspondre précisément à l'intention de les positionner au centre, mais là encore cette  intention est collective car ces chaussures jaunes sont interchangeables entre elles.

 

 



Alex Chinneck :
Whirlpool Table (2013)

 

Source de l'image :
https://www.pinterest.fr/pin
/575616396093234280/

 

 

Nous envisageons maintenant un premier exemple de la cinquième et dernière étape de la 2e filière. Il s'agit d'une table commercialisée en 2013 par l'artiste anglais Alex Chinneck (né en 1984) sous le nom de « Whirlpool Table » (Table Tourbillon). Son plateau consiste en l'enchevêtrement, l'un dans l'autre, d'un tourbillon blanc et d'un tourbillon foncé.

En tant que produit fabriqué on est toujours dans le type 1/x, puisqu'il s'agit d'une table à la forme ronde très unitaire faite de deux parties bien distinctes côte à côte. L'intention était d'utiliser une forme de spirale, elle est aussi du type 1/x puisqu'elle a été utilisée deux fois de façons semblables, mais également différentes puisque les couleurs des spirales sont différentes et que leurs points de départ ont été décalés pour obtenir leur enchevêtrement mutuel. Par différence avec les assemblages de chaussures de la première étape, la relation entre produit fabriqué et intention n'est plus ici seulement globale, collective, mais aussi très visiblement différenciée à l'échelle individuelle : l'intention de donner une teinte foncée est en relation précise et exclusive avec l'une des deux spirales, et l'intention de donner une teinte claire est en relation précise et exclusive avec l'autre. Certes, cette mise en relation individuelle implique un nombre plus réduit d'objets qu'à la première étape, mais l'utilisation d'un grand nombre d'objets n'est pas indispensable pour produire un effet significatif.

 

 

 


Leondro Erlich : fausse façade horizontale + miroir (1ère installation en 2004)

 

Source de l'image : https://www.dezeen.com/2013/06/26/dalston-house-by-leandro-erlich/

 

 

Comme second exemple de la cinquième et dernière étape de la 2e filière, une installation que Leandro Erlich a répétée à plusieurs occasions depuis 2004 et qui est formée de deux parties complémentaires : au sol, une fausse façade de maison avec tous les détails et les reliefs qu'il faut pour recréer les dispositions normales d'une vraie façade, en l'air, un miroir incliné qui permet aux personnes qui s'installent sur cette fausse façade d'avoir l'impression, en regardant le miroir, qu'ils sont accrochés à une façade en situation verticale. Ce trompe-l'œil donne à croire que l'on réalise des prouesses, par exemple que l'on est suspendu par les pieds au rebord d'une fenêtre.

On est bien dans le cas d'une installation fabriquée du type 1/x puisqu'elle est unique mais comporte deux parties à la fois différentes et complémentaires : la fausse façade, le miroir incliné. De la même façon, il y a là une intention unique, celle de donner l'impression que l'on est accroché à une façade verticale, mais elle comporte deux parties distinctes, l'une qui est l'intention de permettre aux personnes de s'installer sans prendre de risque sur une fausse façade, l'autre qui est l'intention de leur permettre de se regarder dans un miroir. Puisque l'on peut spécifiquement attribuer l'intention de générer un effet de miroir à l'une des parties de ce dispositif et spécifiquement attribuer l'intention de permettre l'installation des personnes à son autre partie, on est bien à la cinquième étape dans laquelle chaque intention est spécifiquement assignable à chaque partie du dispositif fabriqué par l'artiste.

 

 

L'évolution dans la 3e filière, dans laquelle PF est du type 1/x et i du type 1+1 :

 

Dans les deux premières filières le produit fabriqué et l'intention étaient en relation dès la première étape, individuellement dans la première, collectivement dans la deuxième. Dans la troisième, il n'existe aucune relation au départ entre les deux notions et son évolution consistera précisément à progressivement acquérir une telle relation. S'il n'existe au départ aucune relation, c'est parce que les deux notions sont de types différents, 1/x pour l'une et 1+1 pour l'autre, ces types correspondant à des fonctionnements qui ne sont pas conciliables.

Dans la 3e filière on part avec un produit fabriqué dont le type 1/x lui donne une cohérence globale, mais les intentions intégrées à ce produit n'ont aucune relation entre elles et s'ajoutent simplement en 1+1, ce qui cette fois se traduit par un manque de cohérence entre elles.

 

 

 


Brian Jungen : Sans titre (peau d'élan et encre argentée – 2010)

 

Source de l'image : https://catrionajeffries.com/artists/brian-jungen/works/brian-jungen-untitled-2010-1

 

 

Comme premier exemple de la première étape de la 3e filière, une œuvre de 2010 de l'artiste canadien Brian Jungen (né en 1970), constituée d'une peau d'élan recouverte d'une encre argentée et percée de deux grands trous.

Les deux éléments qui composent ce produit fabriqué sont donc une peau d'élan argentée et un ensemble de deux trous. Il s'agit d'une disposition de type 1/x, puisque cette œuvre présente un caractère global et qu'elle est divisible en ces deux éléments bien distincts. Par contraste, on ne voit pas quelle intention globale pourrait correspondre à l'édification d'un tel objet, c'est-à-dire quel rapport il peut y avoir entre une peau d'élan argentée et deux percements ronds réalisés dans sa surface. Puisque l'intention de disposer contre le mur une peau d'élan argentée et l'intention de percer cette peau de deux trous circulaires n'ont aucune relation, leurs contributions s'ajoutent seulement en 1+1.

 

 

IMAGE ÉVOQUÉE : Kader Attia, Sweet Sweat (2004)

Elle est en principe accessible à l'adresse http://old.likeyou.com/archives/kader_attia_andrehn_06.htm

Sinon, faites une recherche sur un moteur de recherche de votre choix avec la requête : Kader Attia Sweet Sweat 2004

 

Comme second exemple de la première étape de la 3e filière, une œuvre de Kader Attia, certes mineure mais particulièrement représentative de la première étape. Elle date de 2004, est intitulée « Sweet Sweat », et consiste en des lames de cutter emmanchées sur des friandises au caramel enrobé de chocolat.

Chaque fabrication de l'artiste forme une unité globale qui rassemble deux parties, un morceau de barre chocolatée et une lame de cutter, il s'agit donc d'une fabrication du type 1/x. Par différence, aucune intention globale ne peut correspondre à ces embrochements de barres chocolatées par des lames de cutter, à moins d'imaginer une intention malveillante de la part de l'artiste, mais cette circonstance peut être écartée car il aurait alors pris soin de bien dissimuler les lames. Cette hypothèse donc écartée, on doit admettre que sa fabrication comporte deux intentions bien distinctes qui n'ont aucun rapport l'une avec l'autre, la première étant de proposer un morceau de barre chocolatée comestible, la seconde étant d'installer à son intérieur des lames de cutter destinées à couper. Puisque ces deux intentions n'ont rien à faire ensemble, au point même d'être contradictoires, c'est en 1+1 qu'elles s'ajoutent pour constituer l'œuvre proposée par l'artiste.

 

À la première étape de la 1re filière, parce que chaque produit fabriqué était en relation avec une intention spécifique qui lui donnait sens, leur assemblage en 1+1 donnait quelque chose que l'on pouvait comprendre, même si l'on comprenait aussi qu'il s'agissait de quelque chose d'absurde ou de peu pérenne : des instruments de musique utilisés pour faire une fontaine ou des mannequins en forme d'enfants pour nourrir des pigeons. Par différence, dans la 3e filière la mise ensemble des deux intentions ne correspond à aucun assemblage d'intentions que l'on puisse comprendre, nommer, ce qui fait brutalement ressortir l'impossibilité de « faire ensemble » pour ces intentions qui ne s'ajoutent l'une à l'autre qu'en 1+1.

 

 

 


Xu Qu : Maze (relative), rouge et vert (2014)

 

Source de l'image : https://www.alminerech.com/artists/285-xu-qu#fcbx-work-42

 

 

À la dernière étape de la 3e filière, bien que s'ajoutant toujours en 1+1 les diverses intentions autonomes ou contradictoires doivent trouver le moyen de se mettre en relation dans l'œuvre fabriquée par l'artiste. Un moyen de mettre en relation des intentions qui doivent rester mutuellement indifférentes consiste à trouver un système de graduation permettant de passer progressivement de l'une à l'autre, et cela sans qu'elles aient à se confronter directement afin que leurs aspects contradictoires n'aient jamais l'occasion de se révéler. Comme exemple, la peinture de 2014 de l'artiste chinois Xu Qu (né en 1978) qu'il a intitulée « Maze (relative), rouge et vert » (Labyrinthe rouge et vert). Elle se décompose en trois parties distinctes : au centre, un labyrinthe en relief franchement vu de dessus, sur chacun de ses côtés, un labyrinthe similaire mais vu selon un biais de plus en plus accentué. Ce labyrinthe est une construction du type 1/x puisqu'il utilise de façon unitaire un même principe de labyrinthe et qu'il comporte plusieurs parties clairement différenciées. Les deux intentions qui concourent à cette figure sont bien distinctes l'une de l'autre : l'une consiste à voir le labyrinthe « de dessus », l'autre consiste à le voir « de biais ». Ces deux intentions n'ont rien à voir l'une avec l'autre puisqu'on ne peut pas voir quelque chose en même temps verticalement et en biais, elles s'ajoutent donc l'une à l'autre en 1+1.

Par le moyen de la fabrication d'une transition progressive entre l'une et l'autre de ces deux intentions, elles forment toutefois ensemble une œuvre qui présente une cohérence d'intention globale, cette intention globale étant de passer progressivement de la vue de dessus à une vue de biais de plus en plus accentuée, et malgré leur autonomie préservée les deux intentions ont donc trouvé ici un moyen pour se mettre en relation.

 

 



 

Li Hongbo : sculptures en couches de papier empilées

Source des images : http://www.galleryek.com/artists/li-hongbo/series/tools-of-study?view=slider#5 et https://design-milk.com/carving-paper-surprising-sculpture-li-hongbo/

 

Le second exemple de la dernière étape de la 3e filière nous sera aussi donné par un artiste chinois, cette fois Li Hongbo (né en 1974), qui s'est rendu célèbre par ses sculptures réalisées en feuilles de papier empilées les unes sur les autres et seulement collées localement de telle sorte que la sculpture peut être dépliée et allongée presque à volonté.

Cette fabrication de l'artiste est une sculpture qui se compose d'une multitude de feuilles empilées les unes sur les autres, elle est donc du type 1/x. Lui correspondent deux intentions qui n'ont rien à voir l'une avec l'autre et s'ajoutent donc en 1+1 : l'une est de lui procurer une forme de statue, par exemple de buste, l'autre est de la réaliser au moyen d'un empilement de feuilles partiellement collées entre elles et pouvant se déplier comme un accordéon. Dans l'exemple précédent on passait progressivement d'une intention à l'autre, ce qui permettait de neutraliser leur conflit. Ici, les deux intentions ne peuvent pas s'exercer simultanément puisqu'elles sont contradictoires : soit la forme est étirée pour faire apparaître sa nature d'empilement, et alors l'aspect de statue compacte disparaît sur la partie étirée, soit les feuilles sont à nouveau compressées les unes sur les autres, et alors la nature d'empilement de feuilles n'est plus du tout perceptible. Le conflit entre les deux intentions qui s'ajoutent en 1+1 n'est donc pas résolu ici au moyen d'une transition régulière mais par l'apparente disparition au moins locale de l'une lorsque l'autre est mise en œuvre.

 

 

 

L'évolution dans la 4e filière, dans laquelle PF est du type 1+1 et i du type 1/x :

 

Comme dans la filière précédente, les deux notions ne peuvent se mettre immédiatement en relation dès lors qu'elles sont de types différents, 1+1 pour l'une, 1/x pour l'autre, et son évolution consistera à nouveau à les mettre en relation malgré cette contrainte.

Ce sont maintenant les produits fabriqués qui sont initialement sans relation entre eux et qui s'additionnent en 1+1. Toutefois, comme ils correspondent tous à une même intention globale qui se diffracte sur chacun d'eux en autant d'intentions similaires, ces fabrications sans relation entre elles héritent d'une allure similaire qui correspond au partage de cette même intention globale.

 

 

 


Willie Cole : Domestic I.D. IV (1992)

 

Source de l'image : https://www.moma.org/collection/works/66215

 

 

Comme premier exemple de la première étape de la 4e filière, un ensemble d'empreintes de fers à repasser que l'on doit à Willie Cole que l'on retrouve dans une œuvre de 1992 qu'il a intitulée « Domestic I.D. IV ».

Ces brûlures d'une feuille de papier par des fers à repasser s'accumulent les unes à côté des autres sans faire ensemble une forme unique repérable. Mais si ces empreintes de fers s'ajoutent seulement en 1+1 « fabrications de brûlures » les unes à côté des autres, elles n'en ont pas moins un air de famille évident. On repère bien que l'intention commune qui les relie est celle d'effectuer une empreinte en brûlant la feuille de papier avec un fer à repasser, et l'on repère bien aussi que cette intention commune est incarnée de façon différente par chacun des fers, selon la forme spécifique de sa semelle et selon l'intensité de sa brûlure, ce qui correspond donc à une intention du type 1/x.

 

 

 


 

Willie Cole : Scene from a Battle (1999)

 

Source de l'image : https://www.moma.org/collection/works/146865

 

 

Comme second exemple de la première étape de la 4e filière, une nouvelle œuvre de Willie Cole fabriquée à partir d'empreintes de fers : « Scène de Bataille ».

Cette fois, l'intention de Willie Cole a été de fabriquer des empreintes de fer systématiquement groupées par deux tête-bêche afin de donner à chacun de ces groupements une forme symétrique. Cette intention, qui leur est commune, est toutefois réalisée de façon chaque fois un peu différente grâce à l'intensité différente des brûlures, elle est donc du type 1/x. Les empreintes sont toujours les unes à côté des autres, mais si elles se touchent presque il n'y a aucune régularité dans leurs orientations et elles vont dans tous les sens. Ce qu'a réalisé là Willie Cole est donc un ensemble de 1+1 empreintes puisqu'elles ne génèrent par leur regroupement aucune forme globale, l'orientation des unes ne cherchant même pas à s'accorder à celle des autres.

 

 

 


Vhils : visage réalisé par grattage de couches successives d'un mur

 

Source de l'image : http://hda-joseph-hubert.eklablog.com/vhils-artiste-urbain-par-camila-nooagat-a114506192

 

 

Comme premier exemple de la cinquième et dernière étape de la 4e filière du cycle PF/i émergent, une œuvre de l'artiste portugais Alexandre Farto, alias Vhils (né en 1987). Ce visage de femme apparaît après le grattage ou le piquetage des différentes couches qui constituent un mur : l'enduit clair de certaines zones est laissé visible, il est décapé sur d'autres zones pour laisser apparaître sa sous-couche grise, d'autres zones encore sont décapées jusqu'à faire apparaître la couleur rouge de la brique et la couleur grise des joints de construction.

L'intention globale est clairement visible : il s'agit de former l'image d'un visage de femme. Toutefois, pour parvenir à cette image, des intentions spécifiques de grattage ou de piochage ont concerné séparément chacune des différentes couches constituant le mur, et l'intention est donc ici du type 1/x. Quant aux différents produits fabriqués impliqués, il s'agit des différentes couches qui ont servi à construire le mur : l'ossature en briques, puis son sous-enduit, puis son enduit définitif. Bien qu'elles constituent ensemble l'unité du mur, ces couches se sont ajoutées l'une sur l'autre en 1+1 car elles se cachent mutuellement et ne sont jamais perceptibles comme autant de parties distinctes de ce mur, sauf sur sa tranche, mais celle-ci n'est pas normalement visible.

La technique utilisée par Vhils pour réaliser ce visage répond parfaitement à ce que l'on doit attendre de l'évolution ultime de cette phase dans sa 4e filière : chaque couche du mur s'ajoute à celle du dessous en 1+1, ne fait rien avec celle du dessous ni avec celle du dessus, sauf d'y être adhérente, mais bien que les grattages et les piochages concernent isolément et différemment chacune des couches, chacun contribue à faire apparaître une intention d'ensemble dans laquelle ce qui arrive indépendamment à chaque couche s'intègre dans cette intention d'ensemble.

 

 

 


Leandro Erlich : Port of Reflections à Séoul (2014)

 

Source de l'image :
https://www.domusweb.it
/en/news/2014/12/22/
port_of_reflections.html

 

 

Pour finir cette présentation succincte de l'évolution des diverses filières, un second exemple de la dernière étape de la 4e filière. On y retrouve Leandro Erlich avec une installation de 2014 qu'il a réalisée à Séoul, en Corée du Sud, et qu'il a dénommée « Port of Reflections ». Elle consiste en plusieurs bateaux installés au-dessus d'un vaste et profond trou noir censé correspondre à la présence d'un bassin nautique rempli d'eau, et sous les bateaux sont confectionnées des formes qui donnent l'impression qu'elles sont les reflets sur l'eau de ces bateaux. De la même façon, des formes zigzagantes ressemblent aux reflets que feraient les lampadaires et la balustrade qui bordent ce trou noir. Bien entendu, par différence avec ce qui se produirait pour de véritables reflets, ceux-ci sont fixes et leurs ondulations ne se modifient pas avec l'agitation de l'eau dont ils suggèrent la présence.

L'intention a été de montrer les reflets sur l'eau d'une scène maritime et cette intention se divise en deux intentions bien distinctes qui se complètent : d'une part, l'intention de mettre en œuvre des bateaux réels, des lampadaires réels et une balustrade réelle autour du bassin, d'autre part, l'intention de fabriquer de faux reflets de ces ouvrages réels. Cette intention est donc du type 1/x, comme il convient pour une œuvre classée dans la 4e filière. Les produits fabriqués pour correspondre à ces intentions relèvent de deux groupes indépendants l'un de l'autre : d'une part, de véritables bateaux, de véritables lampadaires et une véritable balustrade, d'autre part les faux reflets de ces ouvrages sur le faux plan d'eau. Ces deux réalités n'ont rien à voir l'une avec l'autre puisque l'une correspond à des ouvrages réels tandis que l'autre correspond à des illusions, et puisqu'elles n'ont rien à voir l'une avec l'autre elles s'ajoutent en 1+1 comme il convient aussi pour une œuvre classée dans la 4e filière. Toutefois, puisque l'intention a été que les unes donnent l'illusion d'être les reflets des autres, de fait l'intention de fabriquer les unes se trouve mise en relation avec l'intention de fabriquer les autres.

À la dernière étape de cette filière les produits fabriqués s'ajoutent toujours en 1+1 sans relation entre eux, mais on peut aussi considérer qu'ils sont en relation mutuelle du type 1/x, ce qui était le but de l'évolution propre à cette filière pendant la phase d'émergence.

 

(dernière version de ce texte : 2 février 2023) - Suite : architecture de la 10e période