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La grotte
Chauvet :
rhinocéros en troupeau
note concernant les liens : la numérotation de chaque
expression contient un lien, tel que " s6
",
qui permet d'accéder à une explication générale
de cet effet, ainsi qu'à d'autres exemples de son emploi.
Ces exemples contiennent à leur tour un lien qui permet d'accéder
directement aux analyses dont ils sont tirés. Ce lien permet
notamment de revenir au présent texte à l'endroit précis
où vous l'avez quitté, mais vous pouvez aussi utiliser pour
cela la fonction "page arrière" de votre navigateur.
Repères chronologiques :
Environ - 29 000 avant J.C. selon datation "brute". La calibration
par la technique U-Th (Uranium-Thorium) donne pour cette période une date de l'ordre de - 36 000.
L'image de référence : les
rhinocéros en troupeau [s'ouvre dans une fenêtre réservée aux images]
Source de l'image : La Grotte CHAUVET - éditions du Seuil
(collection "Arts Rupestres") - 1995 - photo de couverture [aussi en figures 81 et 86]
1er
paradoxe de transformation : entraîné / retenu
1 - Expression synthétique
de type s6 - 1
:

Nous cherchons à voir les rhinocéros du second plan, puisqu'ils
débordent suffisamment du contour de celui du premier plan pour
que nous soyons entraînés vers cette perception.
Mais le rhinocéros du premier plan fait décidément
obstacle, il bouche la vue et nous empêche de les voir : en conséquence
nous nous retenons de chercher davantage à les voir.
2 - Expression synthétique
de type s5
:

Tout naturellement nous nous attendons à voir deux têtes
et deux corps de rhinocéros à l'extrémité des
deux cornes du premier plan : nous sommes entraînés vers cette
perception qui va de soi.
Mais notre attente est déçue. En constatant qu'il n'y
a rien au bout de ces cornes qui démarrent dans le vide, nous nous
retenons de continuer plus avant cette perception.
3 - Expression synthétique
de type s7
:

Si l'on regarde l'enfilade des cornes, notre regard est entraîné
à saisir toute la scène sous le même point de vue :
une perspective qui se dirige en biais vers la droite et qui fait rétrécir
les animaux vers le lointain.
Mais cette vision ne fonctionne pas longtemps et nous sommes retenus
de la poursuivre, car nous constatons que les corps relèvent eux
d'un autre point de vue : une perspective qui se dirige du bas vers le
haut et qui fait s'agrandir les animaux vers le lointain.
Ces deux effets de perspectives, différents dans leurs directions
et contraires dans leurs effets (l'un rétrécit l'autre grossit),
se combattent mutuellement, car ils s'appliquent aux mêmes animaux
que l'on ne devrait normalement voir que d'une seule et même façon.
Quand nous commençons à percevoir de l'une de ces façons,
nous sommes donc entraînés à lire l'animal entier de
cette façon là, mais nous devons nous retenir car l'autre
point de vue nous en empêche.
4 - Expression synthétique
de type s11
:

Notre regard est confronté à une multitude de cornes similaires,
sans avoir de raison particulière d'être attiré par
l'une plutôt que par l'autre. Il erre alors de l'une à l'autre
sans pouvoir se fixer sur aucune, car toutes nous attirent à égalité.
L'équivalence d'aspect de toutes ces cornes, l'égalité
de "leur poids visuel", implique en effet qu'elles se concurrencent mutuellement
et se neutralisent réciproquement : l'entraînement égal
vers chacune nous retient donc de nous laisser entraîner vers l'une ou vers l'autre.
La même chose vaut pour l'empilement des profils dorsaux semblables
les uns au dessus des autres : on ne sait sur lequel poser notre regard.
2ème
paradoxe de transformation : ça se suit / sans se suivre
[l'interférence entre les deux paradoxes de transformation
fonctionnant à la façon "centre / à la périphérie",
on bascule d'un effet à l'autre en restant sur les mêmes formes]
5 - Expression analytique
de type a9 - a
:

La vision du rhinocéros du premier plan ne nous laisse aucun
doute : l'enfilade de courbes que l'on voit à gauche correspond à des cornes
qui terminent des corps de rhinocéros. Donc, ces cornes suivent
le profil des corps.
Mais si nous considérons l'enfilade des dos qui partent dans
un effet de perspective vertical en s'élargissant, il faut abandonner
la perception des cornes au bout des corps, car l'enfilade des cornes suit
un effet de perspective antagoniste à celui des dos : leur perspective
à elle part en biais et elle raccourcit vers le lointain.
En conclusion :
1/ soit on lit de
la droite vers la gauche, pour constater que les cornes des rhinocéros
suivent leurs corps, mais alors il faut négliger le fait que les
rhinocéros se suivent en enfilade, car l'enfilade des corps et l'enfilade
des cornes ne sont pas compatibles entre elles ;
2/ soit on lit la
perspective des cornes qui se suivent en enfilade, mais alors il faut renoncer
à lire simultanément les dos, puisque leur perspective n'est
pas compatible avec celle des cornes ;
3/ soit on lit la
perspective des dos qui se suivent en enfilade, mais alors il faut renoncer
à lire simultanément les cornes, puisque leur perspective
n'est pas compatible avec celle des dos ;
Bref, si l'on veut suivre l'une quelconque des formes qui se succèdent, il faut oublier que les autres elles aussi devraient se suivre en même temps, les laisser de côté, admettre qu'elles ne se suivent pas le temps de cette lecture.
6 - Expression synthétique
de type s10
:

Il n'y a aucune difficulté pour savoir quelle est la corne du
rhinocéros du premier plan. Quant aux cornes situées derrière,
il ne fait pas de doute que chacune suit l'un des profils de rhinocéros de l'arrière plan.
C'est du moins ce que l'on considère d'emblée. Mais est-ce aussi sûr que cela ?
Oublions pour le moment les deux cornes les plus à gauche qui
ne suivent visiblement aucun corps. À quel profil correspond alors
la seconde corne, c'est-à-dire celle située juste après
le rhinocéros que l'on voit en entier ? Au second rhinocéros
? N'est-ce pas plutôt la troisième qu'il faut lui attribuer,
compte tenu de la position de son oeil qui serait trop distant de la corne
si la seconde était à lui ?
D'ailleurs si l'on compte bien, il y a 4 cornes en arrière plan
pour seulement 3 profils, et si l'on se dit qu'il manque un profil en seconde
position et que les 3 cornes du lointain correspondent certainement aux
3 profils du lointain, on doit constater que cela non plus n'est pas certain
: le dessin de ces profils est interrompu par un blanc qui ne rejoint pas
les cornes, et même le tracé de leurs courbes n'est pas dans
le prolongement des cornes. En fait, les deux derniers profils semblent
plus loin dans l'espace que les cornes que l'on voudrait leur attribuer.
Notre perception nous dit que les cornes suivent les corps, mais à l'exception du rhinocéros que l'on voit en entier au premier plan, elle nous dit donc aussi que les cornes ne suivent pas les corps qu'on leur attribue.
7 - Expression synthétique
de type s15
:

Les deux cornes du tout premier plan ne peuvent flotter toutes seules
en l'air : elles suivent nécessairement le corps des rhinocéros qui les portent.
Mais ces corps que l'on reconstitue à leur suite par l'imagination, en réalité ne les suivent pas.

Tout comme le rhinocéros entier du premier plan, on se doute
bien que ceux du fond ont un corps fermé et que le trait qui les
cerne se continue nécessairement jusqu'à se refermer.
Mais ces traits s'interrompent soudain dans le vide, aussi bien du
côté de la tête que du côté de l'arrière
: ces morceaux de traits qui ne suivent pas les traits qui nous sont présentés,
c'est notre imagination qui les reconstitue automatiquement, et qui les
fait suivre les contours présents qui sont seulement ébauchés.
Suffisamment ébauchés cependant, pour qu'on les prolonge
ainsi par automatisme, pour satisfaire à la vraisemblance.
1er
paradoxe d'état : entraîné / retenu
[niveau ponctuel : effet réciproque à distance des
différentes parties de la forme, ou effet d'apparence globale de la forme]
Déjà envisagé au titre du premier paradoxe de transformation.
2ème
paradoxe d'état : effet d'ensemble / autonomie
[niveau de classement : met en valeur les effets de type ponctuel du 1er paradoxe]
8 - Expression analytique de
type a5 - 1
(branchée sur l'effet -3-) :

Les cornes et les dos suivent des perspectives autonomes : les cornes
sont alignées dans une perspective biaise qui les fait rétrécir
vers le lointain, et les dos sont alignés dans une perspective qui
va de bas en haut et les fait s'élargir vers le lointain.
Soumis à ces deux effets contradictoires, surgissent cependant
des animaux au corps unifié. Ces corps unifiés sont "l'effet
d'ensemble" que produisent ces perspectives pourtant autonomes.
9 - Expression analytique de
type a11
(branchée sur l'effet -4-) :

Toutes ensembles, les cornes forment un cylindre creux qui est bien
perceptible.
Mais cet effet d'ensemble est obtenu au moyen de cornes qui chacune
suit un trajet qui la tient bien séparée des autres, un trajet
bien autonome donc de celui des autres.
De la même façon, les profils bien séparés des multiples dos (des profils bien autonomes donc) forment ensemble (effet d'ensemble) un volume continu ondulant que l'on perçoit clairement.
10 - Expression analytique de
type a13
(branchée sur l'effet -1-) :

Le rhinocéros du premier plan fait avec les autres un effet collectif d'enfilade.
Mais, grâce à sa présence au premier plan, il est
le seul à se faire voir en entier. Dans un effet d'enfilade d'ensemble,
il se fait donc voir, lui, de façon bien autonome.
11 - Expression synthétique
de type s10
(branchée sur l'effet -2-) :

Les cornes forment ensemble un effet d'enfilade continue et régulière
en forme de cylindre.
Mais les deux premières cornes se distinguent des autres en
partant dans le vide sans être reliées à une tête,
la troisième se distingue parce qu'elle seule peut se lire en continu
avec la forme entière du rhinocéros qui la porte, et quant
aux autres, soit on ne voit pas non plus un profil de rhinocéros
pour les prolonger, soit on se sait pas exactement quel profil leur attribuer.
En résumé, dans l'effet d'enfilade d'ensemble produit
par le rassemblement des cornes, celles-ci se font remarquer de trois façons
autonomes : il y a des cornes sans rhinocéros, une corne avec un
rhinocéros au bout, et des cornes avec rhinocéros incertain,
c'est-à-dire sans claire continuité entre la corne et le corps.
3ème
paradoxe d'état : ouvert / fermé
[niveau d'organisation : comment la forme se répand]
12 - Expression analytique de
type a1 - a
:

Le contour du rhinocéros du premier plan se referme entièrement
: son corps est fait d'un trait fermé.
Les cornes sont des traits que l'on peut poursuivre imaginairement
: ce ne sont pas des formes fermées sur elles-mêmes.
Quant aux corps des rhinocéros de l'arrière plan, ils
ne sont pas fermés puisque le trait qui les dessine reste en suspens,
sans fin marquée : leur corps reste ouvert.
13 - Expression synthétique
de type s11
:

On peut suivre des yeux le tracé de chaque corne en suivant son
arrondi, ou le tracé de chaque profil dorsal en suivant ses méandres
: nous ne rencontrons aucun obstacle sur ces tracés dont le trajet
est donc ouvert. Même à leurs extrémités nous
ne butons sur rien, et notre regard est entraîné à
les prolonger par l'imagination.
Dans le sens perpendiculaire au contraire, notre regard bute successivement
sur chacune des cornes de l'enfilade des cornes, ou sur chacun des profils
de l'enfilade des dos : dans ce sens là le parcours de notre regard
est sans cesse arrêté, fermé par la barrière d'un nouveau trait.
4ème
paradoxe d'état : ça se suit / sans se suivre
[niveau du noeud qui résume les trois effets précédents et les bloque ensemble]
Déjà envisagé au titre du 2ème paradoxe de transformation.
dernière mise à jour de cette page : 2 novembre 2006
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